L'invité du mois

Antoine Latham : Journaliste économique

« L’Alsace doit être très attentive et ouverte aux opportunités »

Antoine Latham, vous avez suivi l’actualité économique régionale en tant que journaliste pendant plus de 30 ans à L’Alsace puis aux Dernières Nouvelles d’Alsace. Quelques mots sur l’évolution de notre économie pendant cette période ?

A.L. • Dans le concert des territoires français, les deux départements formant l’Alsace se sont plutôt alignés sur le « modèle » hexagonal, pas toujours dans ce qu’il y a de meilleur. La singularité du capitalisme rhénan a été un peu évacuée. L’économie alsacienne s’est cependant bien défendue, la comparaison avec les autres départements du Grand Est le montre. La mondialisation est une réalité vécue en Alsace, avec ses bénéfices mais aussi ses risques. Il faut du temps mais, en 30 ans, plusieurs PME régionales sont devenues des groupes à dimension internationale. Cela donne beaucoup de raisons d’espérer.

Selon vous, quels atouts l’Alsace peut-elle aujourd’hui mettre en avant dans la compétition économique ?

A.L. • Sa position géographique et ses structures économiques diversifiées, y compris en agriculture, restent des cartes maîtresses. De même que l’excellence scientifique et le rôle international de Strasbourg. L’Alsace a su maintenir un tissu artisanal et industriel dense tout en proposant un tourisme de qualité qui a encore un énorme potentiel de développement.

© Benoît Linder

L’Alsace se qualifie volontiers de terre d’accueil d’investisseurs étrangers, de passerelle vers les marchés frontaliers ? Avons-nous véritablement réussi à en faire une force ?

A.L. • Les capitaux internationaux accueillis massivement en Alsace depuis les années 50 sont une exception française. Les entreprises étrangères sont si bien intégrées qu’elles se fondent dans le paysage. Elles sont bien plus fidèles à leur territoire d’implantation qu’on ne le dit, même si elles peuvent mourir ou se transformer, et apportent beaucoup au tissu économique local. L’enjeu, aujourd’hui, est le maintien et le renouvellement de ce stock. Quelques opérations récentes et l’arrivée de nouveaux opérateurs ont montré que c’est possible.

Quels seront les défis les plus importants à relever pour notre économie dans les cinq années à venir ?

A.L. • À la différence des régions suisses ou allemandes voisines, qui sont des États, nos collectivités ont peu de latitude pour peser sur les principaux leviers de compétitivité. Dans notre pays, la fiscalité des entreprises, singulièrement celle de la transmission, le droit du travail ou la réglementation relèvent de l’exécutif central. En revanche, les territoires peuvent agir sur l’éducation, l’environnement, l’énergie, la culture, l’immatériel, le numérique, la mobilité. Ce sont des facteurs de différenciation qui joueront, j’en suis convaincu, un rôle croissant dans l’attractivité et la création de valeur. La capacité de fédérer des ressources, si frappante dans le Bade-Wurtemberg, de monter des projets ou d’accueillir des expérimentations seront également déterminantes. Par exemple, compte tenu des compétences qu’elle détient, l’Alsace pourrait devenir le premier territoire polyglotte d’Europe - à condition qu’elle le veuille et s’unisse autour d’un tel projet -. Nous allons vers un mode de gestion politique qui facilitera l’expérimentation. Profitons-en ! Compte tenu de son ressort identitaire, de son capital intellectuel et de son histoire, l’Alsace doit être très attentive et ouverte aux opportunités qui se présenteront.

Propos recueillis par christophe weber

08/03/2017 Partager