L'invité du mois

Catherine Trautmann : Présidente du Port autonome de Strasbourg

«Le port, c’est une PME hyperstratégique »

© DRLe Port autonome de Strasbourg a fêté, l’an dernier, ses 90 ans. Comment se porte-t-il?

C. T.• Le port va bien. C’est toujours le 2ème port fluvial français et le 4ème port rhénan. Il poursuit sa transformation, d’une part dans son organisation avec la filialisation de l’activité de bateau-promenade Batorama et de l’activité de manutention de conteneurs Rhine Europe Terminals. D’autre part dans son développement, qui passe par la valorisation de sa vocation trimodale, notamment par l’offre de nouveaux services via le rail grâce à la convention signée avec SNCF Logistics. C’est aussi l’ouverture au printemps 2018 du terminal de conteneurs de Lauterbourg. Je suis convaincue du rôle stratégique du port pour notre ville, mais aussi pour notre région dans une économie de flux où le rôle de la logistique est devenu extrêmement important pour les entreprises qui souhaitent réduire au maximum leurs stocks. Dans ce contexte, le rôle d’interface du port est essentiel. C’est une PME hyperstratégique!

Avec 320 entreprises, 10000 emplois, c’est aussi le poumon économique de Strasbourg et de sa région. Est-ce conciliable avec le développement urbain de l’Eurométropole et le projet d’aménagement des Deux Rives?

C. T.• J’ai toujours fait valoir les intérêts du port et des entreprises dans le projet d’aménagement des Deux Rives. Entre les secteurs dédiés à l’habitat et ceux réservés à la logistique et à l’industrie, le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) prévoit une zone tampon qui fait office de transition et permet de limiter les nuisances pour les riverains. En outre, les efforts des entreprises ces dernières années ont fait de ce secteur l’une des zones industrielles les moins polluées de France. La démarche d’écologie industrielle exemplaire portée par les entreprises permet des gains économiques pour les entreprises, mais aussi des gains environnementaux pour toute la population. Je suis confiante sur la possibilité d’une cohabitation harmonieuse mais je reste néanmoins vigilante sur ce sujet pour l’aménagement des secteurs de la Coop et Starlette. Mais il faut aussi comprendre que nous vivons dans une ville portuaire!

La CCI a réalisé, il y a quelques années, un Cahier d’espérance des entreprises de la zone portuaire? Quelles suites ont été données à leurs demandes?

C. T.• Le port a effectivement pris en compte certaines demandes formulées par les entreprises. L’une d’elles portait principalement sur le renforcement de l’attractivité du port notamment de son image et de la qualité des espaces publics. Ce travail n’est pas encore achevé mais déjà la nouvelle signalétique du port est en place, des efforts ont été faits pour faciliter la mobilité des salariés (pistes cyclables, liaisons piétonnes) et pour améliorer la qualité paysagère du site. Parmi les autres souhaits, figurait une meilleure accessibilité du secteur. La liaison interports a en partie répondu à cette demande et nous étudions toujours la possibilité d’ouvrir un accès par la voie EDF au nord du Port aux Pétroles selon des modalités de circulation régulée qui restent à définir.

Vous avez initié le projet européen «Upper Rhine - a connected corridor*». En quoi consiste-t-il? Quels en sont les objectifs?

C. T.• L’objectif de ce projet soutenu par la Commission européenne est de mieux organiser les flux de marchandises sur le premier fleuve commercial d’Europe. La concurrence entre les ports n’empêche pas de trouver des synergies au bénéfice de tous. Ainsi le projet RheinPorts Information System (RPIS) développé par les ports de Bâle-Mulhouse pourra être décliné dans les six autres ports du Rhin Supérieur. RPIS est une plateforme de réservation de quais de chargement qui centralise les communications entre opérateurs fluviaux et terminaux à conteneurs pour optimiser la planification et ajouter de la transparence.

*Ludwigshafen, Mannheim, Karlsruhe, Kehl, Strasbourg, Colmar/Neuf-Brisach, Bâle, Mulhouse, Weil am Rhein.Propos recueillis par Patrick Heulin

14/11/2017 Partager