L'autodiagnostic du monde économique alsacien

Compétitivité, fusion des régions, formation... Voici le résumé des questions abordées lors de la Journée de l'économie alsacienne, au PMC de Strasbourg.

Les badges

Entre la Foire européenne, les actualités de la rentrée et les divers Salons, vous avez peut-être manqué la Journée de l’économie alsacienne. Elle était organisée jeudi 11 septembre au PMC de Strasbourg par la CCI de Région Alsace (CCIRA), la Chambre de métiers d’Alsace et la Chambre d’agriculture d’Alsace. Au programme, le triptyque orientation/formation/emploi et la compétitivité. Plus deux invités pas vraiment surprise : la réforme territoriale et une grogne palpable envers la politique économique du gouvernement. Jean-Louis Hoerlé, président de la CCIRA, a été le premier à dégainer : « La situation est très difficile pour tout le monde, les décideurs manquent totalement de confiance. Nous avons besoin que le chantier de la simplification administrative soit lancé et d’une réelle visibilité pour nos entreprises. »

A ses côtés, Jean-Louis Freyd (président de la section du Bas-Rhin de la chambre de Métiers), a sombrement acquiescé. « Chez les artisans, les licenciements deviennent une variable d’ajustement. Ce n’était pas le cas auparavant car nous possédions encore une certaine marge de manœuvre. » Ce qui a poussé les interlocuteurs vers la réflexion : « comment améliorer la compétitivité ? »

Choc de simplification et transferts de compétences

Pour les agriculteurs et les artisans, plus que la question de la compétitivité, c’est la « distorsion de   concurrence » avec les produits ou services -espagnols et allemands notamment- qui pose problème. Le président de la CCIRA a suggéré un assouplissement des 35h, des normes, règlementations et du Code du travail. Ainsi « qu’un transfert de compétences de l’Etat vers les régions, pour que l’on puisse intervenir à l’échelle locale. » Balle que Philippe Richert, président (UMP) du Conseil régional d’Alsace, a saisie au bond. « Je partage ce constat, les entreprises ne peuvent pas investir sur la durée si les règlent changent toutes les semaines. Mais pour l’essentiel du débat, il faut bien comprendre que les questions de compétitivité relèvent du domaine national. Et lorsque nous avons les compétences, nous n’avons pas les moyens humains et financiers de les mettre en œuvre. » Et revoilà donc la réforme territoriale sur le devant de la scène.

Le refus de la fusion comme consensus

Les trois Chambres consulaires ont pris position contre la fusion Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes. Tous les participants affichaient d’ailleurs le badge « L’Alsace ma région » à leurs vestes. Mais le point de vue de l’économiste Nicolas Bouzou, lui, n’était pas encore connu. « Je pense effectivement que créer cette super entité n’a pas de sens, a-t-il exposé. Le sujet n’est pas celui de la taille des régions ou de la suppression des départements. Mais celui du budget et de l’autonomie fiscale des collectivités. Elles doivent bénéficier d’un plus grand pouvoir normatif pour mener des expérimentations. »

Le sujet étant clos, l’orientation et la formation (en réalité évoqués lors de la première table ronde) ont d’abord via le prisme du « paradoxe français ». A savoir 5 millions de chômeurs et de nombreuses offres d’emploi non pourvues. « L’orientation est la clé, a souligné Anne-Lise Caldéroli, vice-présidente (UMP) du Conseil régional. Trop de jeunes s’engagent dans des formations sans connaître les réalités du métier. L’appareil de formation doit correspondre aux besoins des entreprises de manière complémentaire, et non concurrentielle, entre filières techniques et générales. »

L’apprentissage a une nouvelle fois été évoqué comme voie privilégiée pour l’insertion professionnelle… Tout comme la suppression de l’indemnité compensatrice de formation, relevée par Jean-Louis Freyd, de la Chambre de Métiers, et par le président de la CCI de Strasbourg et du Bas-Rhin. « On nous demande d’investir du temps à former des jeunes, qui sont moins productifs, et pour un coût plus élevé, » s’est agacé Jean-Luc Heimburger. Il en a profité pour exhorter les chefs d’entreprises à s’impliquer dans des dispositifs tels que « Les Classes sortent en boîte » ou « Les Boss invitent les profs. » Les actions de rapprochement entre le monde de l’éducation et le monde économique étant souvent plébiscitées. « Nos journées portes ouvertes fonctionnent très bien et nous signons de plus en plus de stages d’une semaine, qui permettent aux jeunes de découvrir la réalité du métier d’artisan loin des idées reçues. »