Interview

Raphaëlle Pointereau, directrice de l’INET (Institut National des Études Territoriales) : « Construire une relation de confiance entre élus et cadres territoriaux »

Quelques semaines après les élections municipales, la relation entre élus et cadres dirigeants des collectivités territoriales est un des enjeux majeurs des mandats qui commencent. La directrice de l’INET, installé à Strasbourg, apporte son éclairage et précise le rôle que peut jouer l’Institut pour améliorer cette relation.

Publié et mis à jour le 29 avril 2026
5 min.
Raphaëlle Pointereau, directrice de l’INET (Institut National des Études Territoriales) : « Construire une relation de confiance entre élus et cadres territoriaux »

Raphaëlle Pointereau

© Patrick Bogner

Qu’est-ce que l’INET ?

Raphaëlle Pointereau : L’INET a été créé pour que les cadres territoriaux développent et mobilisent les compétences qu’ils pourront mobiliser dans la mise en œuvre de leur stratégie de pilotage au sein de leurs collectivités. Nous sommes un institut de formation tant initiale que continue. Nous formons les administrateurs, les conservateurs du patrimoine et des bibliothèques, ainsi que les ingénieurs en chef. C’est notre cœur de métier. Mais l’INET, c’est plus que cela. Nous participons au continuum de qualité de formation et donc de compétence des agents territoriaux. En effet nous sommes un institut du CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale) qui, lui, est compétent sur l’ensemble de la formation des agents territoriaux, toute filière et toute catégorie confondue. Ainsi, nous exerçons une compétence nationale sur la conception de l’offre de formation pour toutes les fonctions ressources exerçant dans les collectivités territoriales : finances, ressources humaines, management, contrôle de gestion, système d’information.

Qui est votre patron ?

R. P. : Nous sommes un institut du CNFPT, qui est un organisme pari­taire. Nous ne relevons pas d’un ministère de tutelle. Notre budget est assuré pour une très grande part par les collectivités territoriales, qui versent une contribution au CNFPT, en échange de quoi elles bénéficient de notre offre de formation.

L’IA a le vent en poupe

Quelles sont les formations les plus demandées ?

R. P. : Je vous mentirais si je ne vous disais pas que l’intelligence artifi­cielle a le vent en poupe. Mais les formations liées au projet managérial et à la transformation du service public sont toujours très demandées.

Existe-t-il des métiers en tension dans la fonction publique territoriale ?

R. P. : Oui, beaucoup. Compte tenu de la pyramides des âges, la fonc­tion publique territoriale va devoir faire face à des départs en retraite massifs. Par ailleurs, tous les métiers de l’animation, du périscolaire, de la restauration collective, des services techniques rencontrent des difficultés croissantes de recrutement.

Vous parliez de l’IA. Comment cela va-t-il modifier les métiers des cadres dirigeants de la fonction publique territoriale ?

R. P. : L’enjeu, c’est de comprendre ce qui est en train de se passer sous nos yeux et en même temps d’agir. L’IA a évidemment un impact sur le service public rendu par les collectivités territoriales. En interne elle pose également un enjeu de transformation des métiers, de fracture numérique, de déontologie autour des usages. Nous avons monté un grand nombre de formations dans cette double perspective.

L’IA pourrait-elle déboucher sur une diminution du nombre des cadres dirigeants ?

R. P. : Nous n’en sommes pas encore là. Ce que je peux déjà vous dire, c’est que l’IA aura certainement des conséquences sur les métiers, la manière dont ils sont exercés et les types de personnes recrutées. Quant aux suites éventuelles que cela aura sur le nombre des recru­tements, il est encore trop tôt pour le dire. Mais aujourd’hui, le vrai sujet, dont on parle trop peu, est celui de la transition démographique et du vieillissement et des conséquences que cela aura sur l’avenir des services publics. 5

Formations délocalisées

Toutes les formations de l’INET se déroulent-elles à Strasbourg ?

R. P. : L’essentiel de nos formations se déroulent en présentiel à Strasbourg. Mais on peut mettre en place des formations en distan­ciel ou mixtes. Par ailleurs, dans le cadre de notre projet stratégique 2023-2027, nous avons la volonté de développer des actions de l’INET dans les territoires, afin de nous rapprocher de certains publics, par exemple de direction générale, pour lesquels il n’est pas toujours fa­cile de quitter leurs collectivités pendant quelques jours. Ainsi, nous avons mis en place les Soirées de l’INET qui se déroulent dans une collectivité et qui permettent de rassembler les cadres dirigeants d’un même territoire sur des thématiques transversales avec un regard décalé. Par ailleurs, nous organisons de plus en plus de formations INET délocalisées dans les territoires.

Que dites-vous aux élus municipaux qui viennent d’être élus au sujet des cadres territoriaux qui travaillent dans leurs collectivités ?

R. P. : Je commencerais par leur dire que s’ils ont des postes vacants, nous avons à l’INET des jeunes diplômés qui sont prêts à être recrutés. Je leur dis aussi qu’ils ont intérêt à avoir des cadres bien formés en particulier sur la question de la relation à l’élu et de la déclinaison du projet de mandat. Nos formations initiales et continues sont faites pour cela.

L’INET forme-t-elle des élus ?

R. P. : Le CNFPT et donc l’INET ne sont pas compétents au sens de la loi pour former des élus. En revanche, nous faisons souvent intervenir des élus dans nos formations pour que nos élèves puissent bénéficier des regards d’élus, avec lesquels ils seront appelés à travailler étroitement.

Et réciproquement que dites-vous aux cadres territoriaux concernant les nouveaux élus ?

R. P. : Je leur dis : écoutez-les, comprenez-les. Et construisez avec eux, dès les premières semaines du mandat, une relation et des modalités de travail où chacune et chacun connaissent son rôle. L’idée, c’est d’établir une relation de confiance pour que le projet soit bien porté.

Que pensez-vous des récentes déclarations du maire de Saint-Denis sur les relations entre élus et fonctionnaires ? Il disait notamment : « Ceux qui ne sont pas en phase avec le projet partiront. »

R. P. : Je ne suis pas habilitée à faire des commentaires sur des prises de parole politique. Ce que je peux dire, c’est que les fonctionnaires déclinent les projets de mandat portés par les élus et qu’il peut arriver que la relation de confiance entre élus et fonctionnaires n’existe pas, auquel cas on peut appliquer le cadre juridique existant. 

Faits et chiffres

120 élèves en formation initiale par promotion, sélectionnés par un concours externe à l’issue d’un bac+3, ou interne. Quelques places sont également réservées aux lauréats des examens professionnels ou à des personnes ayant exercé dans le privé ou dans des associations.

2 000 à 2 500 dirigeants en formation continue, chaque année.

Outre quelques enseignants, les intervenants sont majoritairement des praticiennes et praticiens en collectivités territoriales.

Chaque année, en décembre, l’INET organise les Entretiens Territoriaux de Strasbourg.

Jean de MISCAULT

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