Interview

Yves Rémond, président de Terdépol : « Nous dépolluons les sols plus vite et moins cher »

Terdépol, start-up strasbourgeoise créée en 2025, développe une nouvelle technologie permettant de dépolluer les terres plus rapidement et à moindre coût. Explications avec son président, Yves Rémond.

Publié et mis à jour le 22 mai 2026
4 min.
Yves Rémond, président de Terdépol : « Nous dépolluons les sols plus vite et moins cher »

L’équipe Terdépol : de gauche à droite, Yves Greinke, Olivier Kobloth (DG), Yves Rémond (CEO), Philippe Ackerer et Daniel George.

@Terdepol

Pouvez-vous nous présenter Terdépol ?

Yves Rémond : Nous sommes une start-up issue de cinq fondateurs, dont deux sont des entrepreneurs indépendants, exerçant dans le domaine de la décontamination, du bâtiment et des travaux publics, et trois autres, dont moi, qui sont des enseignants chercheurs à l’université au CNRS, exerçant dans deux laboratoires, ICube et ITES, spécialisés en ingénierie et en dépollution de la nappe phréatique et des sols.

Nous nous sommes rencontrés en 2016 pour constater que nous détenions tous une part de solution pour la décontamination des sols. Nous avons été accompagnés par la SATT Conectus pour avancer sur notre solution. Cela a débouché sur la création de Terdépol en 2025. Nous voulons fournir de nouveaux procédés technologiques aux industriels spécialisés dans la dépollution des terres. Les procédés existants sont soit très longs, soit très chers.

Quel est le problème de la dépollution des sols ?

Y. R. : Quand on parle de dépollution des sols, on utilise deux mots-valises : la dépollution est un sujet extrêmement vaste, dépendant bien sûr du type de polluants dont on parle, et il existe une très grande variété de sols. En plus, tout cela est lié à un contexte réglementaire qui évolue sans cesse en France, comme à l’étranger. Du fait de la loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette), il sera de plus en plus nécessaire de pouvoir réutiliser des terrains contaminés, à condition bien sûr de les dépolluer. En France, 11 600 sites industriels sont pollués.

Évidemment, des procédés de dépollution existent et sont déjà mis en œuvre. Mais plusieurs problèmes sont posés : celui du coût et celui du temps de traitement. Actuellement la solution la plus rapide est d’enlever la terre et de l’emporter dans un centre de traitement, mais cela coûte extrêmement cher. Il existe une solution beaucoup moins coûteuse : on fait des terrils dans lesquels on injecte des bactéries, des plantes qui vont absorber les contaminants, mais c’est très long.

Lessivage biodégradable et réutilisable

En quoi consiste l’innovation apportée par Terdépol ?

Y. R. : Notre innovation porte sur deux aspects : la lessive et la technologie que nous utilisons. Notre liquide de lessivage est un tensioactif biodégradable, cela signifie qu’il ne génère pas de réaction chimique. Il détache les molécules d’hydrocarbure de la terre polluée. Il n’est pas dangereux ni pour l’environnement, ni pour l’homme. Et il est réutilisable. Quant au procédé, il se décompose en trois phases.

D’abord le mélangeage : comment être sûr que toutes les parties de la terre contaminée vont être touchées par le liquide en un minimum de temps et suffisamment longtemps pour que le processus puisse opérer ? Ensuite la décantation qui va dépendre beaucoup des polluants. Et enfin la récupération : elle doit être complète, y compris s’il s’agit de produits flottants. En quelques mots nous dépolluons plus vite et à moindre coût.

Vous travaillez sur place ou vous retirez la terre ?

Y. R. : Il faut toujours commencer par retirer la terre polluée. Nous pratiquons par excavation. Ensuite nous lavons la terre. Et une fois qu’elle est dépolluée, nous la remettons en place.

Cette technologie permet-elle de traiter tous les types de sols contaminés par tous les types de polluants ?

Y. R. : Notre technologie fonctionne sur les sables et les graviers et nous sommes en train de l’optimiser pour pouvoir traiter les argiles. Le procédé fonctionne actuellement sur les sols pollués par les hydrocarbures. Il permet d’ores et déjà de réduire fortement la présence de métaux lourds et de PFAS.

Où en êtes-vous de votre développement ?

Y. R. : Le démonstrateur existe, il fonctionne pour les terres sablonneuses et gravillonnaires, et comme je vous le disais nous sommes en phase d’expérimentation pour les argiles.

Compte tenu de la sensibilité du sujet, j’imagine que des homologations sont nécessaires. Où en êtes-vous ?

Y. R. : L’utilisation du produit a été soumise aux instances allemandes et françaises, qui nous ont donné l’autorisation de développer notre produit.

Quelles sont vos perspectives de développement commercial ?

Y. R. : Notre objectif est de fournir et vendre notre procédé à des entreprises spécialisées dans la décontamination des sols, à des collectivités territoriales ou à des propriétaires privés, tels que des promoteurs immobiliers souhaitant dépolluer un terrain sur lequel ils s’apprêtent à construire un immeuble. Nous souhaitons commencer la commercialisation à l’été 2027. Nous avons déjà de nombreux contacts par des entités très désireuses de mieux connaître notre technologie.

Quels sont les moyens de votre développement ?

Y. R. : Nous fonctionnons en autofinancement complet avec suffisamment de moyens pour parvenir à nos objectifs.

Licence exclusive avec Conectus En mars dernier, Conectus et Terdépol ont signé une licence technologique exclusive. La SATT Conectus accompagne le projet de la start-up strasbourgeoise par une participation au projet sous forme de prêt. « La réussite du projet Terdépol illustre la force d’une collaboration étroite entre chercheurs publics et experts industriels privés, main dans la main à chaque étape du développement, a expliqué Emmanuel Poteaux, président de Conectus. Je me réjouis de les voir aujourd’hui réunis comme cofondateurs de la start-up Terdépol, chacun dans son domaine d’expertise. Une boucle vertueuse et créatrice se confirme, au service d’un monde plus respectueux de l’environnement. »

Jean de MISCAULT

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