Dossier

ILA : l’appli contre les violences intrafamiliales

Comment venir en aide efficacement aux victimes de violences intrafamiliales, et particulièrement aux femmes ? Deux jeunes avocates alsaciennes sont en train de mettre la dernière main à la création d’une application sécurisée et complète, qui aidera les victimes à s’en sortir. Récit et explications.

Publié et mis à jour le 6 août 2026
5 min.
ILA : l’appli contre les violences intrafamiliales

Zoé Mall (à gauche) et Maëlle Blein (à droite), fondatrices d’ILA.

©DR

Au départ, c’était juste un projet d’études. Pas n’importe lequel quand même, puisqu’il concernait les violences intrafamiliales et singuliè­rement les violences faites aux femmes dans la sphère familiale. En septembre 2023, six étudiants de l’école d’avocats de Strasbourg participent au concours Projets innovants du Conseil national des barreaux et remportent le premier prix. Ils ont présenté une appli unique et accessible, capable de regrouper l’essentiel des ressources nécessaires pour accompagner les victimes de violences intrafamiliales et les aider à s’en sortir, le tout de manière simple et sécurisée. En mars 2024, forts de ce succès, ils décident de créer l’association ILA, aujourd’hui portée par Zoé Mall, avocate depuis deux ans au barreau de Strasbourg, et Maëlle Blein, avocate au barreau de Colmar.

Zoé Mall rappelle les chiffres qui font mal : en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint, une femme sur six s’est déjà déclarée victime de violences conjugales, qu’elles soient physiques, sexuelles, psychologiques, éco­nomiques, administratives… Un enfant sur dix est victime d’inceste, soit trois enfants par classe à l’école, 90 % des victimes sont des femmes, 99 % des auteurs sont des hommes. « C’est une injustice énorme que vivent les victimes, s’indigne Zoé Mall. Les violences intrafamiliales touchent tout le monde, peu importe l’âge, le niveau social ou le niveau d’éducation. En dépit des mesures mises en place, les chiffres augmentent chaque année. Nous connaissons tous au moins une personne victime de ces violences. Et pourtant, le sujet est encore trop tabou. »

Au moment de la création d’ILA, les jeunes avocates rencontrent associations, services sociaux, avocats, victimes. Et elles détectent deux freins principaux qui limitent la capacité d’agir de ces dernières. « L’enjeu principal est celui de la discrétion liée à la sécurité, explique Zoé Mall. L’auteur des violences contrôle et surveille constamment les activités et le quotidien de la victime. Il est donc extrêmement difficile pour cette dernière de chercher de l’aide sans se mettre en danger, et quand elle y parvient, elle est vite perdue face à la quantité d’informations disponibles et d’acteurs qui interviennent, entre les associations, les services sociaux ou les forces de l’ordre. Quand on est victime tout cela est beaucoup trop compliqué à gérer. »

Information et assistance

ILA fait donc la différence sur quatre points déterminants pour les victimes : la sécurité, l’information, l’assistance et la constitution d’un journal. ILA est une application déguisée : la personne clique, par exemple, sur la calculatrice ou la boussole de son téléphone, elle entre un code et accède directement à l’application ILA. C’est une manière de s’extraire du contrôle du téléphone par l’agresseur. Une fois sur l’appli, les victimes accèderont à des information synthétiques et ordonnées sur leurs droits à partir de questionnaires permettant de mieux comprendre leur situation personnelle et ce qu’elles subissent. Et à partir de ces réponses, des guides pratiques et concrets, adaptés à leurs besoins spécifiques, leurs seront proposés : quels sont leurs droits, quels services sociaux peuvent les aider, doivent-elles avoir recours à un avocat, comment les payer, peuvent-elles bénéficier d’aides financières, quelles conséquences sur la garde éventuelle des enfants… ?

ILA, c’est aussi une assistance. Grâce à la géolocalisation, les victimes ont accès à un annuaire de professionnels – associations, avocats, pro­fessionnels de santé, services sociaux, forces de l’ordre… – compétents autour de chez elles, qu’elles peuvent directement contacter. « C’est la première fois qu’un tel référencement est réalisé en France », insiste Zoé Mall. Pour réaliser ce travail de bénédictins, une quinzaine de bénévoles se sont attelés à la tâche, animés par une salariée recrutée au début du mois d’avril.

Autre innovation de l’appli : la possibilité pour les victimes de se constituer un journal. Elles y recensent les violences subies quoti­diennement, à partir de photos, de vidéos, d’enregistrements audios, de documents… tout est horodaté. Ce qui nourrira le dossier de l’éventuelle procédure judiciaire à venir. « Car les violences s’ins­crivent dans le temps, parfois durant des années, souligne l’avocate. Les victimes n’ont pas le réflexe de recenser ce qu’elles subissent au quotidien. Et donc, le jour où elles veulent porter plainte, elles manquent d’éléments tangibles pour soutenir leur récit. C’est hy­per important : plus de 80 % des plaintes sont classées sans suite, faute de preuves. Et puis, juste le fait d’écrire aide à conscientiser ce qu’on vit. »

Sauver des vies

Le calendrier du déploiement de l’appli est le suivant : après une pé­riode de test dès cet été, ILA sera disponible à la fin de cette année 2026 et le référencement des professionnels à partir de la géolocali­sation sera opérationnel dans trois régions : Grand Est, Île-de-France et PACA, avant une ouverture progressive aux autres régions au fur et à mesure du référencement des professionnels.

« ILA, c’est le compagnon du quotidien, résume Zoé Mall. C’est un guichet unique qui centralise toutes les ressources nécessaires à l’accompagnement des victimes en une seule application sécurisée, intuitive et simple d’utilisation. Et c’est totalement gratuit. Notre ob­jectif est très simple : nous voulons simplifier la tâche des victimes, trop souvent ballottées par le trop-plein d’informations. Nous voulons sauver des vies, sauver des existences. »

Avec l’aide de la Fondation de France

ILA est une association reconnue d’intérêt général, ce qui permet de défiscaliser les dons. Subventions de la Région Grand Est, de l’Eurométropole de Strasbourg, de la Collectivité européenne d’Alsace, dons d’entreprises et de particuliers, dotations grâce aux différents concours remportés, recours à des campagnes de financement participatifs, notamment avec la plateforme alsacienne okoté… ILA a également bénéficié d’un financement de la Fondation de France pour développer son projet.

Et chacun peut toujours donner ponctuellement ou régulièrement à partir du site internet : www.ila-association.com

Jean de MISCAULT

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