Jean-Christophe Ehrhardt : Directeur régional de la Banque de France Grand Est : « Ne fuyez pas votre cotation »

© Banque de FranceDepuis l’introduction de l’Euro, quel est le rôle de la Banque de France dans l’économie française?

J. C. E.• La Banque de France reste une institution d’émission au sein de l’Eurosystème. Elle fabrique et imprime environ 20 % des billets en circulation dans la zone euro, notamment ceux de 5 €, 10 € et 20 €. Elle en garantit la fiabilité et la qualité. La Banque de France participe à l’élaboration de la stratégie monétaire afin d’assurer la stabilité des prix, refinance les banques, produit des études et des statistiques, et gère les réserves de change. Elle supervise le secteur financier, veille au bon fonctionnement et à la sécurité des paiements et à la mise en application des règles de régulation. Localement, elle rend des services aux particuliers et aux entreprises. Par exemple, elle évalue la solidité financière de celles-ci en attribuant une cotation, agit comme médiateur du crédit, recense les incidents de paiement et de crédit dans des fichiers qui sont mis à disposition des banques. Enfin elle établit des diagnostics économiques et réalise des statistiques de conjoncture en consultant un panel d’entreprises représentatives de l’industrie du commerce et du BTP (932 dans le Grand Est). C’est ainsi que la Banque de France a été la première à diagnostiquer dès février 2018 le « trou d’air » dans la croissance économique intervenu au printemps dernier. Sans doute temporaire puisque selon les dernières prévisions, elle devrait atteindre + 0,4 % au 2ème trimestre et + 0,5 % au 3ème trimestre.

Quels sont en particulier les services proposés aux entreprises, notamment aux TPE/PME?

Banque de France met à disposition à Mulhouse et Strasbourg un correspondant TPE* qui a pour mission d’accueillir les dirigeants de TPE, les écouter, comprendre leurs besoins puis les orienter vers le réseau professionnel le plus adapté. Pour celles qui réalisent un CA de plus de 750 000 €, nous établissons une cotation afin de mesurer leur capacité à faire face à leurs engagements. La note attribuée est basée sur les renseignements financiers fournis par l’entreprise, mais nous sommes toujours prêts à dialoguer avec le dirigeant pour mieux comprendre ses problèmes et réévaluer notre cotation si cela se justifie. Nous disons aux chefs d’entreprise : ne fuyez pas votre cotation, venez en parler avec nous. Nos analystes rencontrent environ 15 à 20 % des entreprises que nous évaluons afin d’affiner notre connaissance de leur activité. Pour celles qui souhaitent un diagnostic approfondi, nous proposons une prestation en ligne : Géode. Rien qu’à Strasbourg, nous disposons de 20 analystes financiers au service des sociétés.

Dans le cas d’un refus de financement par sa banque, une entreprise peut saisir la Banque de France pour une médiation. Que peut-elle en attendre?

J. C. E.• Nous proposons aux entreprises confrontées à un refus de financement ou d’assurance-crédit de la part de leur établissement financier une médiation gratuite et confidentielle. Souvent il suffit d’écouter et de comprendre l’entreprise pour lui permettre de rétablir le dialogue avec sa banque. Dans un cas sur deux, une solution parfois assortie de conditions est trouvée pour permettre à l’entreprise de bénéficier d’un financement afin de poursuivre ses projets. Malheureusement, la plupart des échecs sont dus à une saisine trop tardive. Nous disons aux entreprises : anticipez dès les premières difficultés. Mais le dirigeant pris par son quotidien a tendance à ne pas prendre conscience qu’il s’enfonce progressivement vers une défaillance. S’il souhaite être accompagné dans cette démarche, il peut solliciter l’assistance de la CCI au titre de Tiers de confiance de la médiation.

La Banque de France publie chaque mois une étude de conjoncture très attendue. Quelles sont les perspectives dans la région Grand Est et en particulier en Alsace?

J. C. E.• Depuis 18 mois, la conjoncture régionale est clairement bien orientée. Après une année 2017 déjà très favorable, nous anticipons cette année une hausse du chiffre d’affaires de 3,1 % dans l’industrie, de 4,5 % dans les services - mais seulement 2 % dans les transports - et de 2 % dans la construction. Une forte dynamique des encours de crédits bancaires dans le Grand Est (+ 3,8 %), et même + 7,1 % dans le Bas-Rhin, laisse augurer que cette croissance sera solide pour les 18 prochains mois, même si les aléas géopolitiques sont plus marqués que l’an dernier. Nous notons également une forte baisse des défaillances d’entreprises : - 8 %. L’Alsace peut capitaliser sur ses points forts : des secteurs de pointe et diversifiés, des entreprises innovantes et exportatrices et un tissu de PME globalement en bonne santé financière.

12/11/2018Partager