Thierry Fritsch : « L’Alsace a une image très forte dans le monde »

© Jean-Louis Bloch Lainé

A l'occasion de plus d'un an de présence sur le web, l'équipe du Point Eco Alsace a souhaité remettre en avant des rencontres et reportages qui nous ont marqués en 2014. Aujourd'hui, Françoise Herrmann commente l'interview de Thierry Fritsch : « Cette rubrique était consacrée en 2014 à 6 chefs d’entreprises nés en Alsace qui sont partis ailleurs, en France ou à l’international, pour exercer leur métier.  D’horizons très divers, ils se sont tous prêtés volontiers au jeu des questions-réponses. Si je devais en retenir un –et le choix est difficile, ce serait Thierry Fritsch, le président directeur général de la maison Chaumet. En toute simplicité, il évoque aussi bien les thématiques florales de ses collections de bijoux que son attachement à l’Alsace. Un « regard affectueux » qui ne laisse pas insensible. »


Qui êtes-vous ?

T. F. • Toute ma famille est originaire du petit village de Stosswihr/68. Moi, je suis né à Colmar, mais je n’y ai jamais vraiment vécu. Parce que mon père, médecin protestant, a suivi les traces du Dr Schweitzer en Afrique, j’ai grandi dans l’île de Madagascar. Je suis revenu en France pour mes études. Diplômé de l’Essec, j’ai effectué l’essentiel de ma carrière dans le luxe. Dans les années 80, j’ai contribué au développement de la maison Cartier, avant de participer au redressement de Christofle, une référence dans les arts de la table. J’y suis resté pendant dix ans. Depuis 2000, je mène une carrière très internationale chez Chaumet. Marié, j’ai deux enfants, l’un habite en France, le deuxième vit aux États-Unis. En dehors de mon métier, j’ai deux passions: je suis un collectionneur d’art contemporain et… d’automobiles anciennes.

Présentez-nous votre maison...

T. F. • J’ai la chance de travailler dans une maison qui arbore plus de deux siècles d’histoire. Chaumet était le joailler de Napoléon 1er; c’est un clin d’œil que j’aime faire, en rendant hommage à l’un de mes ancêtres, Christian Fritsch, qui a fait les guerres napoléoniennes! Nos deux métiers sont la joaillerie, qui existe depuis 230 ans, et l’horlogerie, depuis 200 ans. Notre gamme de produits est très large, allant de la pièce à moins de 1000€ jusqu’au bijou très précieux dont le prix… est sans limite. Nous créons des collections «accessibles» en permanence et une collection-phare de haute joaillerie chaque année. La dernière thématique est florale, avec l’hortensia, une fleur complexe et subtile, comme notre maison! Chaumet se distingue par la même égérie depuis dix ans, l’icône du cinéma français Sophie Marceau. Tout en restant le plus parisien et le plus français des joailliers – tous nos services stratégiques ainsi que les ateliers se situent place Vendôme – nous nous sommes développés à l’international il y a dix ans. La France représente 20% de notre chiffre d’affaires. Après avoir été rachetés par le groupe LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy), notre taille a été multipliée par quatre. Aujourd’hui, la maison emploie 500 personnes, dont 150 à Paris, avec près de 80 boutiques dans le monde. Seulement 10 sont situées en Europe. Un tropisme vers l’Est? Nous sommes très présents en Asie, notamment en Chine, où nous avons ouvert 20 boutiques dans 15 villes différentes. Mais vous trouverez aussi une sélection de nos fabrications auprès d’horlogers-bijoutiers à Colmar et à Strasbourg.

Quel regard portez-vous sur l’Alsace ?

T. F. • Je porte un regard affectueux sur l’Alsace. Parce que ce sont mes racines. L’Alsace m’est familière, même si je ne maîtrise pas l’alsacien – mon père le parlait mais il a épousé une «Française», comme on l’entend parfois… et la langue s’est perdue. Je voyage énormément, et je constate que l’Alsace a une image très forte dans le monde. Par exemple, je peux vous dire qu’en Chine on connaît très bien l’Alsace… et ses vins. D’ailleurs, j’ai appris récemment que j’avais un homonyme qui courait le monde pour faire connaître ses cépages. Je ne l’ai pas encore rencontré ! À Paris, où je vois beaucoup de mes compatriotes – Rémy Pflimlin, Pierre Hermé, etc. – j’essaie de faire avancer la cause alsacienne. Nous avons été très déçus de l’échec du référendum lié au Conseil Unique. Pour ma part, je n’ai pas compris pourquoi les Alsaciens n’ont pas voté pour la simplification du millefeuille administratif. Il faut qu’ils oublient leurs querelles de clocher et fassent, eux aussi, émerger une identité.

Propos recueillis par F. Herrmann

16/01/2015Partager