L'invité du mois

Nathalie Roos : Directrice Générale de la Division des Produits Professionnels membre du Comité Exécutif de L’Oréal

« Rendre à ma région ce qu’elle m’a donné ! »

© Thomas Gogny

Entre 2010 et 2014, vous avez été conseillère régionale en Alsace, vice-présidente du pôle compétitivité et emploi. En tant que femme issue de l’entreprise, quelles étaient vos motivations pour cet engagement politique ? Quel bilan en tirez-vous, notamment concernant la « marque Alsace » ?

N.R. •Lorsque je travaillais chez Mars à Haguenau, un formateur nous a demandé lors d’un séminaire de réfléchir à nos possibilités pour que notre vie soit plus riche ! Une réponse s’est imposée à moi : « rendre la vie des gens autour de moi plus belle ». Aussi, quand Philippe Richert, qui présidait la Région, m’a demandé de le rejoindre, j’ai immédiatement accepté. C’était une chance unique de rendre à ma région ce qu'elle m’avait donné et de mettre à disposition du territoire mon expérience de l’entreprise. L’idée d’une « marque Alsace » a émergé face au constat que malgré tous ses atouts notre région restait trop discrète, trop humble pour attirer les talents et les investisseurs. Mais l’originalité de la démarche, contrairement à d’autres marques territoriales, c’était de permettre aux entreprises de s’approprier cette marque Alsace et de communiquer ainsi sur nos valeurs. Nous avons fêté, en juillet dernier, le 5 000ème partenaire. Le succès est donc au rendez-vous et il a même permis l’éclosion de l’Agence d’Attractivité de l’Alsace dont le rôle s’affirme encore plus stratégique dans le cadre de la nouvelle région Grand Est.

Dans votre carrière, vous vous êtes engagée en faveur du bien-être au travail et de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Les unités que vous avez dirigées ont été classées parmi les « Great Places to Work ». Avez-vous évalué l’impact sur les performances ?

N.R. • Chez L’Oréal, j’ai lancé le projet « Great Place to Win » car je suis absolument convaincue qu’il y a un lien fort entre l’engagement des collaborateurs et les résultats de l’entreprise. La preuve m’a sauté aux yeux chez Mars en constatant une forte corrélation entre l’engagement des équipes commerciales mesuré par les réponses aux 12 questions du test Gallup « Êtes-vous émotionnellement connecté à votre entreprise ? » et les parts de marché. Il est essentiel de s’intéresser aux collaborateurs en tant que personnes en favorisant un bon équilibre entre leur travail et leur vie privée. Par exemple permettre à certains salariés de travailler de chez eux. J’ai même réduit le temps de travail lors de mon passage chez L’Oréal Allemagne, car cela oblige à être plus efficace en se concentrant sur les priorités. Pour que les collaborateurs se sentent bien au travail, il faut des rapports directs et être clair sur les attentes. Pour cela il faut réduire les niveaux hiérarchiques.

Vous avez dirigé L’Oréal en Allemagne pendant plusieurs années. Quels sont, à votre avis, les atouts des Alsaciens sur ce marché ?

N.R. • Lorsque j’ai commencé à travailler en Allemagne, je parlais assez mal l’allemand, mais quand je disais que j’étais alsacienne, aussitôt les visages s’épanouissaient ! Beaucoup d’Allemands adorent notre région et comprennent notre culture. C’est un atout énorme qu’il faut cultiver car ils sont à la recherche de talents et ils nous créditent du meilleur des deux mondes : la rigueur germanique et la créativité latine. Dans notre usine de Karlsruhe, 25 % de nos employés sont alsaciens. Pour profiter encore plus de ce capital sympathie, il faut mettre l’accent sur l’apprentissage de l’allemand. Je regrette de ne pas avoir compris cela quand j’étais plus jeune.

La place des femmes dans les états-majors des entreprises reste encore modeste. Après une expérience au plus haut niveau chez Mars, Kronenbourg, vous êtes membre du comité exécutif de L’Oréal. Que faire pour inciter les entreprises à faire davantage de place aux femmes dans leurs instances de direction ?

N.R. • La loi Copé-Zimmermann, qui oblige les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) à compter au moins 40 % de femmes dans leurs conseils d'administration, a été décisive car elle a impacté également la composition des comités exécutifs. Pour des raisons d’image, il est délicat désormais pour une entreprise de ne pas afficher la parité dans ses instances de direction. Mais au-delà des quotas, la diversité, qu’elle soit de genre ou culturelle est un véritable atout. Des études ont prouvé que les entreprises, qui offraient de véritables responsabilités aux femmes, affichaient de meilleures performances. On dit que si la banque Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters, elle ne se serait pas effondrée ! Les femmes ont davantage le sens de la responsabilité collective et cultivent moins leur ego que les hommes. Globalement les mentalités évoluent surtout chez les jeunes mais il faut atteindre la masse critique et surtout que les femmes elles-mêmes renoncent à s’imposer leurs propres barrières.

PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICK HEULIN

06/09/2017 Partager