Pierre-Etienne Bindschedler Président du Groupe Soprema : « être alsacien est un avantage concurrentiel incontestable »

© Dorothée Parent

Avec plus de 6000 salariés, un chiffre d’affaires de 2,3 milliards d’€, 60 filiales dans le monde, 49 usines, dont la dernière vient d’ouvrir en Chine, Soprema est une vraie multinationale. Est-ce encore une entreprise alsacienne?

P.-E.B. • Oui, car notre siège social demeure à Strasbourg. 90 % des collaborateurs qui y travaillent sont originaires de la région. L’Alsace, c’est un état d’esprit, ce sont des valeurs de rigueur, de sérieux, de capacité d’adaptation liée à l’histoire, qui correspondent parfaitement à l’image que nous souhaitons donner de l’entreprise. Nous bénéficions ainsi naturellement des qualités attribuées à notre région d’origine. être alsacien est un avantage concurrentiel incontestable.

Le développement durable fait désormais partie de l’ADN de Soprema. S’agit-il d’anticiper les contraintes réglementaires ou bien d’un engagement véritable?

P.-E.B. • Sans doute parce que je suis d’origine suisse, je suis plus particulièrement sensible à ce sujet. En Suisse, le respect de l’environnement est bien ancré dans les esprits. Dans les pays latins, cela commence. J’ai engagé depuis très longtemps mon entreprise sur cette voie. En effet, l’explosion de la population mondiale et la raréfaction des ressources naturelles nous obligent à produire différemment. Le secteur du bâtiment consomme 43 % de l’énergie et produit 25 % des émissions de gaz à effet de serre. C’est pour cela que notre centre de recherche développe des matériaux d’étanchéité écosourcés, c’est-à-dire issus du recyclage ou bien d’éléments végétaux comme des microalgues. Nous travaillons également au recyclage des matériaux issus de la déconstruction. Enfin, nous venons juste d’ouvrir, sur notre site du Port du Rhin, une unité de transformation de la biomasse du bois en un gaz très proche du gaz naturel.

Soprema a signé, en 2013, une convention de mécénat de 2,3 millions d’€ avec la Fondation Université de Strasbourg, le don le plus important enregistré. Quel est le sens de cet engagement?

P.-E.B.• Lorsque j’ai remis l’argent au président Beretz, je lui ai dit : « Je vous remercie d’accepter ce chèque! ». Pour moi, ce n’est pas de la philanthropie. Tout le monde s’y retrouve. L’université a besoin de moyens financiers pour créer un centre d’excellence et attirer les meilleurs, et nous, de notre côté, de recruter des jeunes bien formés, de conclure des contrats de recherche pour innover. L’Université de Strasbourg reconnue à l’international grâce à ses quatre prix Nobel bénéficie à tout l’écosystème régional. Nous suivons avec attention l’affectation des fonds, comme par exemple l’attribution des bourses. Je tiens à ce qu’elles soient allouées sans condition de ressources : c’est la performance qui doit primer avant tout.

Les métiers du BTP sont encore peu attractifs pour les jeunes. Pourtant c’est un vrai gisement d’emplois. Que faudrait-il faire pour les inciter à rejoindre cette filière? Menez-vous des actions particulières?

P.-E.B. • C’est vrai que ces métiers ne font pas rêver les enfants! Il faut donc les valoriser. D’une part en rendant les métiers physiquement moins pénibles et en améliorant les conditions de travail. Par exemple, nous avons réduit le poids des rouleaux d’étanchéité de 40 kg à moins de 25 kg. Il faut également que les salariés se sentent fiers de leur travail. Cela commence par leur tenue, par les outils qu’ils utilisent ou les véhicules qui les transportent. La formation est également essentielle. Notre centre de Strasbourg accueille des apprentis en vue de l’obtention du CAP étancheur du Bâtiment et des Travaux Publics en partenariat avec le Lycée Le Corbusier d’Illkirch. Nous formons également à nos métiers des personnes en fin de droit en lien avec Pôle Emploi. Comme en Suisse, il faut encourager les jeunes à se tourner vers l’apprentissage et non les pousser systématiquement vers des études « académiques ».

Propos recueillis par Patrick Heulin

05/05/2017Partager