L'invité du mois

Professeur Jacques Marescaux : Président de l'Institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif (IRCAD)

« Mon business plan sur trois post-it »

Vous êtes une personnalité scientifique de renom international dans les domaines de la chirurgie micro-invasive et de l’imagerie médicale mais vous considérez-vous aussi comme un chef d’entreprise ?

J. M. • L’IRCAD est une association de droit local, mais elle fonctionne comme une entreprise. Notre budget est de 14 millions d’€, dont 96 % est d’origine privée, et nous employons 49 salariés permanents. Je n’ai pas de formation économique et quand j’ai créé l’IRCAD en 1994, mon business plan tenait sur trois post-it ! Il reposait sur la formation de 200 chirurgiens par an ; en 2016, nous en avons formés 5 400 ! Je me suis formé moi-même au métier de chef d’entreprise au contact des industriels partenaires de l’IRCAD. Je m’implique directement dans la gestion de l’IRCAD et je tiens à contrôler chaque dépense.

© Eranian

Quel est le modèle économique de l’IRCAD ?

J. M. • Nous vendons des formations, mais notre modèle économique repose sur les partenariats conclus avec les plus grands fabricants mondiaux de matériel médical, essentiellement allemands et américains, puisqu’il n’y a plus de Français malheureusement dans ce domaine. Ils mettent gratuitement à notre disposition leurs équipements de toute dernière technologie, mis à jour tous les deux ans. Des matériels d’une valeur totale de 30 millions d’€. C’est un pari gagnant pour eux car l’IRCAD leur offre une visibilité exceptionnelle auprès des enseignants experts et des chirurgiens en formation. Nous sommes aujourd’hui le plus important centre de formation de chirurgie micro-invasive au monde.

Quelles sont les retombées économiques pour Strasbourg de l’IRCAD et de son écosystème ?

J. M. • Entre l’IRCAD, l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU), le biocluster, l’Hôtel et la Brasserie Les Haras, ce sont environ 500 emplois qui ont été créés en quelques années. La brasserie rencontre un très grand succès. Nous avions tablé sur 80 couverts par jour et nous en réalisons 300 en moyenne. Mais notre activité bénéficie également aux commerces, aux hôtels et aux restaurants de toute la ville. Les chirurgiens et les experts passent entre trois jours et une semaine à Strasbourg et sont de bons clients des boutiques de luxe ! Beaucoup ont un vrai coup de foudre pour la ville et reviennent en famille. Enfin rien que la construction de l’IHU constitue un investissement de 40 millions d’€ au bénéfice des entreprises régionales du secteur de la construction et de leurs sous-traitants. Plus difficiles à quantifier mais sans doute aussi importantes, il y a aussi des retombées en termes d’image et d’attractivité de la ville et de la région.

Les activités de recherche et de formation de l’IRCAD ont-elles permis des créations ou des implantations d’entreprises ?

J. M. • L’IRCAD a déjà permis l’éclosion d’une dizaine de startups dont la plus connue, Visible Patient, fournit une cartographie en 3D des patients. 40 brevets ont été déposés, susceptibles d’engendrer des transferts de technologies. Nous avons attiré également des géants mondiaux de l’équipement médical tels que Dräger medical, Karl Storz Endoskope et Siemens, dont c’est le plus gros investissement. Medtronic, le plus grand fabricant mondial, a même transféré ses équipes de formation de la région parisienne à l’IRCAD 2, l’extension de 2 800 m² que nous avons ouverte en 2015. Intuitive Surgical, leader mondial de la chirurgie mini-invasive, y a installé sept robots.

Quels sont vos projets ?

J. M. • Après avoir ouvert des instituts à Taïwan et à São Paulo, nous venons d’inaugurer celui de Rio de Janeiro. Nous avons également plusieurs projets en Chine continentale. À Strasbourg, avec le rachat des 18 000 m² de la clinique des Diaconesses, nous allons pouvoir ajouter 60 chambres à l’Hôtel des Haras mais aussi créer un hospitel. Un concept peu répandu en France qui consiste à accueillir les patients après une opération dans un environnement non hospitalier mais sous surveillance de sept paramètres vitaux via internet sécurisé. Bénéfices attendus, un coût journalier de 150 € au lieu de 1 500 € à l’hôpital et une réduction importante des risques d’infections nosocomiales.

Propos recueillis par Patrick Heulin

05/07/2017 Partager